Comment générer un rapport de clashs dans Navisworks et en faire un vrai outil de coordination
Détecter des clashs ne suffit pas : sans rapport structuré, les conflits restent dans Navisworks et ne parviennent jamais aux équipes qui doivent les corriger. Le rapport de clashs est le livrable central de toute séance de coordination BIM. Qui doit corriger quoi ? Dans quel délai ? Avec quelle priorité ? Ce guide vous explique comment générer, personnaliser et distribuer un rapport de clashs Navisworks réellement exploitable sur vos projets.
Pourquoi un rapport structuré change tout
Le clash non communiqué n’existe pas
Un test de clash detection bien paramétré peut générer des centaines, parfois des milliers de conflits sur une maquette fédérée de taille raisonnable. Sur un projet tertiaire de 10 000 m², il n’est pas rare d’obtenir 300 à 500 clashs au premier run. Sans rapport structuré, ces conflits restent prisonniers de l’interface Navisworks et personne ne les corrige.
Le rapport de clashs transforme une analyse technique en un véritable outil de pilotage de projet. Il permet d’assigner chaque conflit à un responsable précis, de définir une priorité et de suivre la résolution itération après itération.
Ce qu’un bon rapport doit contenir
Un rapport de clashs exploitable doit réunir plusieurs informations indispensables : l’identifiant unique du clash, les deux éléments en conflit avec leurs disciplines respectives, la localisation dans la maquette numérique (coordonnées ou zone), une capture d’écran 3D de bonne qualité, le statut actuel et le responsable désigné.
En formation, j’ai vu des équipes perdre deux heures en réunion de coordination à trier manuellement des clashs que Navisworks aurait pu grouper automatiquement par zone ou par discipline. Ces deux heures auraient pu être consacrées à la résolution concrète des conflits les plus critiques. La qualité du rapport conditionne directement l’efficacité de votre coordination.
L’impact sur la coordination multi-disciplinaire
Le rapport de clashs est aussi un document contractuel. Il trace l’historique des conflits détectés, des responsabilités assignées et des corrections apportées. En cas de litige sur une malfaçon ou un retard de coordination, ce journal constitue une preuve des échanges entre parties prenantes. Il mérite donc d’être produit avec soin à chaque cycle de coordination.
Créer et configurer un run dans Clash Detective
Organiser ses runs par paire de disciplines
Avant de générer un rapport, la configuration des runs est déterminante. Un run correspond à un test entre deux sélections d’éléments. La bonne pratique est de créer un run distinct par paire de disciplines : Structure vs MEP, Structure vs Architecture, Gros Œuvre vs Réseaux CVC, CVC vs Plomberie, etc.
Cette organisation par run facilite ensuite le rapport : vous savez immédiatement quelle discipline est concernée, à qui assigner les corrections, et vous évitez de mélanger des clashs de nature très différente dans un seul tableau difficile à lire.
Utiliser les Search Sets pour des sélections précises
Navisworks permet de définir des Search Sets : des sélections dynamiques d’éléments basées sur leurs propriétés. Plutôt que de sélectionner manuellement les éléments de structure, créez un Search Set qui filtre automatiquement tous les éléments portant la propriété « Discipline = Structure ». Ces Search Sets se mettent à jour à chaque rechargement de la maquette numérique.
Les Search Sets sont également utiles pour isoler des zones précises : un seul niveau, un bâtiment spécifique ou une tranche de travaux. Sur un chantier à Montpellier où la maquette fédérée comptait sept corps de métier sur quatre niveaux, travailler sans Search Sets aurait rendu la lecture des rapports parfaitement illisible pour les entreprises concernées.
Choisir le type de clash adapté
Navisworks propose plusieurs types de tests : Dur (Hard), Dur Conservatif (Hard Conservative), Dégagement (Clearance) et Doublon (Duplicate). Le clash de type Dur détecte les interpénétrations physiques entre éléments. Le Dégagement détecte les proximités trop rapprochées selon une distance seuil que vous définissez — utile pour les contraintes de maintenance ou d’isolation.
Pour les réseaux MEP, utilisez le type Dégagement avec une valeur de 50 à 100 mm selon les exigences du projet. Les clashs durs ne suffisent pas : une gaine qui frôle une poutre à 20 mm est techniquement sans clash dur, mais le passage du réseau sera impossible à réaliser en phase chantier.
Lancer l’analyse et interpréter les résultats
Lire les statuts des clashs
Après l’exécution du run, Navisworks affiche les clashs avec quatre statuts possibles. Nouveau (New) : clash détecté pour la première fois dans ce run. Actif (Active) : clash déjà signalé lors d’un run précédent, non encore résolu. Révisé (Reviewed) : clash examiné par l’équipe, en attente de décision. Approuvé (Approved) : clash accepté volontairement, soit parce qu’il est tolérable, soit parce qu’il sera traité différemment.
Ces quatre statuts sont la colonne vertébrale du suivi de coordination. Un clash qui passe de Nouveau à Approuvé sans passer par Révisé puis Résolu doit alerter le BIM Manager : quelqu’un valide un conflit sans l’avoir réellement étudié.
Trier et grouper pour prioriser
Le panneau Clash Detective affiche tous les clashs d’un run dans un tableau. Vous pouvez trier par distance (les clashs les plus importants en volume d’interpénétration en premier), par état, par élément source ou cible. Le tri par distance permet d’identifier rapidement les conflits structurels critiques à traiter en priorité absolue.
La fonction de groupement est particulièrement utile sur les grands projets. Navisworks peut regrouper automatiquement les clashs selon plusieurs critères : par niveau, par zone, par type d’élément source. Un coordinateur BIM m’a confié que cette fonction lui avait permis de réduire de 800 clashs bruts à 120 groupes significatifs, rendant la réunion de coordination beaucoup plus productive.
Documenter avec des commentaires et des vues enregistrées
Avant d’exporter, prenez le temps d’enrichir chaque clash ou groupe de clashs avec des commentaires. Navisworks permet d’ajouter du texte directement dans le Clash Detective : description du conflit, proposition de solution, nom du responsable désigné. Ces informations se retrouveront dans le rapport exporté et éviteront des allers-retours par email.
Les vues enregistrées (Saved Viewpoints) associées à chaque clash garantissent que le destinataire du rapport voit exactement le même angle que vous lors de l’analyse. Ajustez la transparence des éléments environnants pour que les deux éléments en conflit soient parfaitement visibles dans la capture.
Exporter le rapport : HTML, XML, tableur
1. Ouvrez Clash Detective via l’onglet Accueil > Outils > Clash Detective (ou l’onglet dédié selon votre version).
2. Sélectionnez le run à exporter dans la liste des tests configurés.
3. Cliquez sur l’onglet Report (Rapport) dans le panneau Clash Detective.
4. Choisissez le contenu à inclure : cochez les cases Images (captures 3D automatiques), Properties (propriétés des éléments), Coordinates (coordonnées XYZ) et Comments (commentaires saisis).
5. Sélectionnez le format de sortie : HTML, XML ou tableur (selon la version de Navisworks).
6. Filtrez les clashs à inclure : décochez les clashs Approuvés si vous ne souhaitez pas les diffuser, ou limitez l’export aux clashs Nouveaux et Actifs uniquement.
7. Cliquez sur Write Report et choisissez le dossier de destination.
Le rapport HTML : idéal pour les réunions
Le rapport HTML est le plus visuel. Il génère une page web autonome avec les captures d’écran 3D de chaque clash, les propriétés des éléments impliqués et les commentaires associés. Il s’ouvre directement dans un navigateur, sans logiciel particulier. C’est le format idéal pour projeter en réunion de coordination ou envoyer par email aux intervenants qui ne disposent pas de Navisworks.
Son inconvénient est la taille du fichier : sur 200 clashs avec captures d’écran, le rapport HTML peut peser plusieurs dizaines de mégaoctets. Pensez à filtrer les clashs avant l’export ou à créer plusieurs rapports thématiques par discipline.
Le format XML : pour l’intégration dans d’autres outils
L’export XML produit un fichier de données structurées exploitable par d’autres applications. Vous pouvez l’importer dans Excel via Power Query, l’intégrer dans un tableau de bord Power BI, ou l’utiliser comme entrée pour un outil de suivi personnalisé. Ce format ne contient pas d’images, il est donc léger et manipulable programmatiquement.
Le format XML est également le format d’échange recommandé avec certaines plateformes de gestion documentaire (CDE) et de suivi de projet BIM. Vérifiez les capacités d’import de votre CDE avant de choisir ce format comme standard sur votre projet.
L’export tableur : pour le suivi opérationnel
Certaines versions de Navisworks permettent un export direct en CSV ou XLSX. Ce format est le plus pratique pour la gestion quotidienne : vous ajoutez des colonnes supplémentaires dans Excel (responsable, priorité, date de résolution prévue, statut mis à jour manuellement), vous filtrez par discipline, vous créez des tableaux croisés dynamiques. C’est le tableau de bord de suivi de coordination par excellence.
Combinez les deux formats dans votre workflow : exportez en HTML pour la réunion de coordination (compréhension visuelle immédiate) et en tableur pour le suivi semaine après semaine. Le HTML donne le contexte, le tableur assure le pilotage. Vous pouvez aussi intégrer notre guide complet sur la détection de clashs dans votre processus pour structurer toute la chaîne en amont.
Personnaliser le rapport par zone, discipline et niveau
Filtrer pour ne diffuser que ce qui est pertinent
Envoyer un rapport de 500 clashs bruts à chaque intervenant est contre-productif. Chaque discipline ne doit recevoir que les clashs qui la concernent directement. Avant d’exporter, filtrez les clashs par état : n’incluez que les clashs Nouveaux et Actifs dans le rapport de diffusion. Les clashs Approuvés et déjà Résolus n’ont pas à encombrer le document de travail.
Navisworks permet également de filtrer les clashs par groupe avant l’export. Si vous avez groupé vos clashs par niveau ou par zone, vous pouvez exporter un rapport distinct par bâtiment ou par tranche — un document ciblé pour le lot Gros Œuvre, un autre pour le MEP, un autre pour les entreprises de finition.
Soigner les captures d’écran 3D
La qualité des captures d’écran incluses dans le rapport HTML conditionne la compréhension des intervenants. Avant de lancer l’export, vérifiez que le point de vue enregistré pour chaque clash montre clairement les deux éléments en conflit. Utilisez la transparence pour masquer les éléments environnants superflus. Un clash de réseau CVC interpénétrant une poutre béton doit être visible sans ambiguïté.
Pensez aussi à activer le rendu réaliste ou le mode Lite selon la configuration de votre maquette numérique. Un rendu propre avec des matériaux différenciés par discipline (structure en gris, MEP en couleur par réseau) améliore considérablement la lisibilité des rapports.
Nommer et versionner les rapports
Adoptez une convention de nommage rigoureuse pour vos rapports : NomProjet_Discipline1_vs_Discipline2_Date_vX. Par exemple : ResidenceLeMas_Structure_vs_MEP_2026-04-08_v3. Cette convention permet de retrouver facilement la version d’un rapport à une date donnée, de comparer l’évolution entre deux cycles et d’éviter les confusions entre intervenants qui reçoivent plusieurs versions.
Ne diffusez jamais un rapport sans préciser la date de la maquette numérique analysée et le numéro de version des fichiers sources. Un rapport généré sur une maquette obsolète peut envoyer les équipes corriger des conflits déjà résolus — ou ignorer de nouveaux clashs apparus depuis.
Distribuer et suivre les corrections
Assigner les responsabilités clairement
Chaque clash du rapport doit porter le nom d’un responsable unique. C’est le rôle du BIM Manager ou du coordinateur BIM : analyser chaque conflit et désigner la discipline qui doit effectuer la modification. Cette responsabilisation est souvent source de tensions entre les équipes, car la question « qui bouge ? » n’est pas toujours évidente.
La règle générale veut que la discipline la plus flexible cède : une gaine MEP passera sous une poutre béton déjà placée, pas l’inverse. Mais il existe des cas ambigus qui nécessitent une décision arbitrale du BIM Manager en concertation avec la maîtrise d’ouvrage et les bureaux d’études. Ces décisions doivent être tracées dans les commentaires du rapport.
Intégrer le BCF dans le workflow de résolution
Le format BCF (BIM Collaboration Format) est le standard ouvert d’échange de notes de coordination entre logiciels BIM. Plutôt que de distribuer un rapport statique par email, le BCF permet de créer des tickets directement dans Navisworks et de les envoyer aux modélisateurs qui travaillent dans Revit, ArchiCAD ou tout autre outil compatible openBIM.
Navisworks peut exporter des fichiers BCF que les concepteurs importent directement dans leur logiciel de modélisation. Le clash apparaît alors dans leur interface avec la vue 3D, le commentaire et le statut. Cette approche supprime les étapes manuelles de retranscription et réduit les erreurs d’interprétation. Pour aller plus loin sur la coordination multi-outil, consultez notre formation Navisworks complète.
Mesurer la progression de la coordination
À chaque cycle de coordination, rechargez les maquettes numériques corrigées, relancez les mêmes runs et comparez les résultats. Le nombre de clashs Nouveaux doit tendre vers zéro. Les clashs Actifs doivent diminuer au fil des itérations. Cette progression est votre indicateur principal de la maturité de la coordination.
Construisez un graphique d’évolution sur la durée du projet : nombre de clashs total par run, nombre de clashs résolus, taux de résolution par discipline. Ce tableau de bord de coordination est un argument puissant lors des revues de projet avec le maître d’ouvrage. Il démontre concrètement la valeur ajoutée du BIM et de votre travail de coordination.
Intégrez la fréquence de génération des rapports de clashs et le workflow de résolution dans votre BEP (BIM Execution Plan) dès le début du projet. Définissez par écrit : format standard des rapports, délai de réponse des disciplines, outil de suivi partagé, critères d’approbation d’un clash. Cette formalisation évite les discussions récurrentes en cours de projet et responsabilise chaque partie prenante.
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Comment générer un rapport de clashs dans Navisworks ?
Ouvrez Clash Detective, sélectionnez le run à exporter, puis cliquez sur l’onglet Report. Choisissez le contenu à inclure (images, propriétés, commentaires), sélectionnez le format (HTML, XML), filtrez les clashs pertinents et cliquez sur Write Report. Le rapport est généré dans le dossier de votre choix et s’ouvre directement dans un navigateur pour le format HTML.
Quel format de rapport choisir : HTML, XML ou tableur ?
Le rapport HTML est recommandé pour les réunions de coordination grâce à ses captures d’écran 3D. Le format XML est adapté à l’intégration dans des outils tiers (Power BI, CDE, bases de données). Le tableur (CSV ou XLSX) est idéal pour le suivi opérationnel dans Excel avec des colonnes personnalisées pour les responsables et les délais. Sur la plupart des projets, combiner HTML et tableur donne les meilleurs résultats.
Quelle est la différence entre un clash Nouveau, Actif, Révisé et Approuvé ?
Nouveau désigne un clash détecté pour la première fois dans le run en cours. Actif signifie que le clash existait déjà lors d’un run précédent et n’a pas été résolu. Révisé indique que le clash a été examiné par l’équipe, mais qu’aucune décision finale n’a été prise. Approuvé signifie que le conflit a été volontairement accepté — soit parce qu’il est tolérable techniquement, soit parce qu’une solution alternative a été retenue.
Comment assigner les responsabilités dans un rapport de clashs ?
Dans Navisworks, ajoutez des commentaires directement dans le Clash Detective avant l’export : nommez la discipline responsable et décrivez la correction attendue. Pour un suivi plus formel, complétez le tableur exporté avec une colonne « Responsable » et une colonne « Date limite ». Vous pouvez également exporter en BCF pour envoyer les tickets directement aux modélisateurs dans leur logiciel de conception.
Comment réduire le nombre de clashs dans le rapport pour le rendre lisible ?
Plusieurs techniques permettent de filtrer les clashs parasites : utilisez des Search Sets précis pour exclure les éléments non structurants (armatures, boulons), activez le groupement automatique par proximité pour regrouper les clashs similaires, excluez les clashs Approuvés de l’export, et segmentez vos rapports par discipline ou par zone géographique du bâtiment. Un rapport ciblé de 50 clashs pertinents est toujours plus utile qu’un rapport exhaustif de 500 conflits non triés.

